
When the stone breathe, the flowers decay
Sur les terres poreuses de la céramique, le monde s’invente à nouveau.
Les infusions de curcuma et de fleurs d’hibiscus se mêlent à l’eau et au feu.
Sur les biscuits, je laisse les traces fragiles d’une géographie intérieure.
Ici, une île d’or s’étend, éclat solaire du curcuma.
Là, une mer pourpre se répand, celle que je viens d’infuser.
Chaque échantillon devient une carte, celle d’un monde qui naît du hasard, de mes gestes et de
la lente alchimie des pigments.
Les frontières y sont liquides, mouvantes comme si la terre cherchait une nouvelle peau.
D’où je viens
Je suis née de la terre, celle façonnée par les rivières secrètes, les forêts humides et les pierres silencieuses du Maine.
Mon corps se souvient : la mousse sous mes pas, l’eau qui murmure, le feu qui façonne.
La céramique est mon langage, archaïque, comme un chant venu du fond des âges, qui parle de naissance, de mort, de désir.
Chaque voyage, chaque plongée dans l’inconnu, chaque deuil, m’a enseigné la fragilité du monde, et pourtant, sa force inouïe.
Je lutte et j’embrasse la matière.
Mon corps cherche à s’y fondre, à s’y perdre, à renaître.
Car de la terre, je viens, et vers elle, sans cesse, je reviens.
Valérie Delarue
Tout l’art de Valérie Delarue consiste à résoudre des forces conflictuelles en un tout harmonieux. Parallèlement à la sculpture céramique, elle renoue un dialogue pertinent avec le dessin, avec son art éblouissant du pastel par la grâce duquel elle fait naître l’aube d’un monde réconcilié, où l’humain et le minéral semblent pouvoir s’accorder finalement en une unité indistincte.
Frédéric Bodet
Conservateur de collections, Critique d’art et Commissaire d’exposition
