Plonger les mains dans l’argile, c’est construire et préserver un monde à soi, à l’abri de la frénésie de celui qui nous entoure. C’est un acte animal, charnel où le geste dit  paradoxalement l’humain. Il révèle la question du corps et de son impact dans la glaise. La matière souple que j’étire sous mes doigts devient peau, ossature, un univers invisible et souterrain fait de tendons et de muscles. Il est fragile et éphémère, mais je m’y promène comme je marche le long d’un sentier qui sent l’odeur de la tourbe et qui m’enveloppe. Parfois j’y enfonce les parties de mon corps : le contact avec la matière est une façon d’être au monde coûte que coûte.

Valérie Delarue